C’était une vision d’horreur qui s’offrait à moi. Le Vithil était en flammes, des corps gisaient éparpillés partout où mon regard se portait, tout n’était que cendres et sang… Je voyais toute la tribu Periguayenne qui combattait des monstres rouges, des Démons…A coups de lances, d’arcs et d’épées, ma tribu se battait avec ferveur tandis que c’est avec haches, pieux, masses, gourdins cloutés, faux, poignards et d’innombrables autres armes que les démons se battaient ! Ils se battaient tous avec rage. Anges, Démons, tous mélangés en une foule de hurlements, de cris de douleur et de sang coagulé…C’était la guerre. Le Vithil , havre de paix, n’existait plus. Le ciel était noir et les bâtisses blanches et or étaient à terre, brisées, détruites à jamais, à néant…
« Es-tu fière de ton œuvre ? »
Me retournant vers elle d’un coup sec, elle me dit :
« Inutile sera ta fureur, inutiles seront tes larmes…le Vithil n’existe plus ! Ton pays est désormais la proie des enfers ! Tu as ouvert deux fois la porte mais une fois ton cœur aux ténèbres…Une fois suffit pour que la porte ne se brise ! Plus jamais la porte que tu as ouverte ne pourra être refermée ! Un seul être suffit pour la détruire hors vous étiez deux ! Le plus faible de vous deux n’a pas eu le choix : il a été précipité dans l’abîme. »
Alors je soufflai « Zalith … » et elle eu un rictus ironique :
« Oui. Ne le cherche plus. Il n’est plus par ta faute ! » Ma faute !? Oui c’était ma faute ! Pourquoi étais-je donc aussi stupide ? Pourquoi l’avais-je entraîné avec moi ? Il était mort pas ma faute ! Ma cité aussi…Comme si elle pouvait lire mes pensés elle me susurra :
« Zalith, Vithil, les tiens…Tous morts ! Et ce, par ta faute ! » Elle avait accentué le «ta » de manière à marquer ma conscience à jamais.
Mes ailes s’étirèrent, s’effilèrent…Mes doigts s’allongèrent jusqu’à former de grandes griffes noires, mon corps se transforma de nouveau comme pour bien me rappeler que je changeais, que j’avais changé…
J’endurais les plus terribles souffrances physiques de toute mon existence. Je souffrais. Mon corps était déchiré de toutes parts. Ma poitrine s’effaçaient, mes cheveux raccourcissaient, noircissaient encore…
Alors je m’enfuie . Je m’enfuie loin de la porte, loin de mon « double », loin de ce noir…Je couru . M’élançant à travers la cité en flamme, la cité de mon père…Alors j’eu une pensé affreuse : Mes parents ! Etaient-ils en train de combattre contre ces démons ? Faisaient-ils parti de tous ces corps qui s’amoncelaient sur les ruines ? Courant de toutes mes forces, je changeais toujours…Mes doigts redevinrent normaux m’arrachant cris de douleur et d’incompréhension .
Je tentai de m’envoler pour arriver plus vite au balcon de notre maison, mais mes ailes, nouvelles ne me portèrent qu’un court instant… Je tombai dans un gouffre qui, semblait-il, avait été creusé par un tremblement de terre effroyable. Percutant d’innombrables rochers saillants, j’atterris lourdement au milieu d’un groupe d’Anges guerriers qui avaient apparemment battu quelques harpies et démons. L’un deux hurla alors :
« C’EST ELLE ! C’EST ELLE LA CAUSE ! »
Tous me regardèrent et se mirent à murmurer, crier, hurler !
« OUI C’EST ELLE » « CETTE DECHUE » « DEMONE » « FILLE DE SATAN » « SA FAUTE C’EST SA FAUTE »
Oui c’était bien ma faute mais comment le savaient-ils ? Personne ne savait que j’avais ouvert la porte ! Personne ! Etait-ce par mon physique qu’il m’avaient démasqué ? Toujours est-il qu’ils le savaient …
L’un d’eux, fort et beau dans sa tenue de soldat, se précipita sur moi, sa lance d’or en avant, ses ailes immaculées grandes ouvertes avec sur le visage une terrible expression de rage ! Le voyant se ruer sur moi les autres firent de même et c’est contre sept Anges guerriers, armés chacun d’une lance d’or et d’une longue épée au pommeaux différent selon son porteur, possédant poignards d’argent et bandeau de soie, que je due combattre…
Le premier planta sa lance dans la pierre à l’endroit même où je me trouvais une seconde auparavant. Ayant pris appuis sur ses puissantes épaules, j’avais sauté par dessus me retrouvant devant le second. Je m’aplatis directement au sol esquivant ainsi le tranchant de sa lance avec lequel il avait tenté de me blesser horizontalement. D’un coup de pied je fauchai les siens le faisant tomber sur le côté. Le troisième et le quatrième arrivèrent en même tant sur moi par le ciel. L’un arriva pieds joints heurtant mon épaule droite. Ecrasée à terre, me tenant sous son pied, il abaissa sa lance vers mon visage. Tournant vivement la tête sur le côté, il m’entailla la joue gauche.
La douleur était forte mais cette douleur physique n’était rien comparée désormais à ma douleur mentale.
Frappant son pied je le fit pivoter d’un quart de tour . Alors me relevant, je frappai…
Non pas avec une arme, non pas avec ma main ou mon pied mais avec mon âme. Tendant ma main gauche vers son front, il s’assombrit et s’écroula. Il était mort. Comment ? Je ne saurais le dire…son corps qui avait été blanc était désormais gris sombre…ses ailes presque noires…Il était mort. Les yeux ouverts avec une expression de terreur…
Le quatrième ainsi que les cinq autres anges virent mon acte. Brandissant leur lances, ils fondirent sur moi poussant des cris de rage. La main tendue je les attendais…
Deux tombèrent de la même manière que le premier, gris et froid dans leur dernier sommeil… Les quatre derniers moururent différemment. S’élançant à mon tour vers eux, mes yeux, maintenant de couleur argenté, étaient emplis de détresse et de haine. Mes doigts redevenus griffes noires, griffes ténébreuses plongèrent dans le cœur de trois des quatre Anges répandant leur sang sur le sol constitué de ruines. Le dernier s’acharnant avec sa lourde épée reçu maints coups de griffes sur son corps avant de sombrer dans le néant. Une terrible force avait animé mes mains…Je les avais si facilement tué ! Eux anges de combat entraînés depuis leur naissance au maniement des armes, avaient été tués en à peine trois minutes par une jeune Ange qui n’avait jamais touché à une arme…
M’écroulant, je m’accablai sur mon sort… Pourquoi ? Pourquoi avais-je été aussi stupide de penser revenir en ces lieux ? Pourquoi cela était-il arrivé? J’avais tué sept des miens… La coupure de ma joue mêlant mon sang à mes larmes, je me recroquevillai sous un amas de rochers ayant fait partie d’un des murs d’une tour de guai .
Un mois passa…J’étais seule parmi les ruines désormais désertées par les Démons. Cherchant ma nourriture dans les anciennes maisons, cherchant abris sous les décombres…cherchant des survivants…
Je décidais de quitter Vithil, à la découverte de ma mère égorgée, ne supportant plus ce charnier qu’était devenue la magnifique cité dans laquelle j’avais grandi…Je pris la route, un matin, avec pour armes deux poignards et une épée ébréchée. Où allais-je aller ? Bien sûr je n’en avais pas la moindre idée…
J’ai erré des jours et des jours sur les terres angéliques…mais ne trouvant rien je revins à Vithil mon seul point de repère…
J’ai appris tout ce temps à contrôler mes pouvoirs… Oui des pouvoirs…Car si ce n’en étaient pas, qu’étaient-ils d’autre ? Mes griffes sombres, je savais parfaitement les contrôler…Mon âme, je la laissais se promener quand elle le souhaitait…Mes ailes étaient beaucoup plus rapides et pratiques que mes anciennes…
Parfois je me demandais pourquoi j’étais si triste, pourquoi je ne me réjouissais pas de l’apparition de ces pouvoirs…Sanglotant, je connaissais la réponse ! Que peuvent valoir deux ou trois pouvoirs face à la dévastation de toute une race ? Rien. Bien sûr…
Dans ma solitude je dépérissais. Et puis elle revint me voir…
Me voyant dans cet état, au bord de la mort, elle rit . La regardant avec l’air d’une tueuse, je l’écoutai me dire :
« Alors, te voilà bien seule maintenant…que vas-tu faire ? »
Je ne répondis pas.
« Tu sais que tu peux détruire plus ? » A ce moment là ma haine que j’avais pu retenir jusqu’ici éclata. Voulant l’attraper par la gorge, mes mains la traversèrent. Avec un rictus d’amusement, elle reprit de plus belle :
« Tu pourrais réduire le monde des cieux à néant ! Tuer plus qu’il ne faudrait pour apaiser ta souffrance… »
Comprenant que je ne pouvais pas la tuer, je l’écoutais…
« Si tu ne veux plus tuer les tiens, tu peux tuer d’autres peuples…en bas ce trouvent des millions, des milliards de races différentes ! Tu peux les exterminer ! Toutes ! »
Avec horreur je m’imaginai tuant une à une chaque race que j’étais censée protéger plus tard en tant qu’Ange…Je devais les protéger pas les tuer ! D’une voix forte et avançant encore d’un pas vers elle, je crachai ma fureur :
« Pourquoi t’obstines-tu à vouloir que je fasse le mal ? Pourquoi m’as-tu mené jusqu’à tuer ceux que j’aimais ? Qui es-tu pour ainsi jouer avec la mort ? Tu viens de l’Enfer, moi du Paradis ! Tu n’as rien à faire ici ! Vas t’en ! Retourne d’où tu viens et ne viens plus me tourmenter dans ma solitude ! Ne crois-tu pas avoir déjà fais suffisamment de mal pour en refaire pour l’intermédiaire de mon corps ?! J’ai compris que tu étais mon mal intérieur…que fais-tu dont à l’extérieur ? »
Après cette dernière question, elle, qui n’avait pas changé d’expression depuis le début de ma tirade, sembla soudainement horrifiée.
«Comment oses-tu ? »
« J’ai réussi où Zalith à échoué »
« NONNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN »
Dans ce terrible hurlement elle entra en moi comme on fait entrer un condamné à mort dans une cellule de prison. De nouveau je ressentis une immense douleur et je ne pus m’empêcher d’hurler à mon tour. Mais cette fois-ci, cela me fit moins mal que la première. Il ne faut pas chercher à comprendre ce qu'avait provoqué en elle cette phrase...
Lorsque je m’éveillai de nouveau dans le couloir d’entre-les-deux, j’eu un petit sourire de victoire. Elle n’était pas là. Elle n’était plus là et ne le serait plus jamais. Elle était moi et j'étais elle. Nous ne faisions plus qu'une.
J’ouvris la cinquième porte sur ma gauche et je me retrouvai sur Terre. J’avais choisi mon destin. Comment ais-je su que c'était cette porte la bonne ? Je ne le saurais jamais non plus...
Je ne recherchais plus la mort ni la vie. J’évoluais simplement dans un monde dans lequel j’avait jadis évolué sous la forme d’une paysanne humaine. Je prenais un nouveau départ sur ces terres sous une autre forme.
Décidant de créer mon propre monde, j’établis ma demeure du côté magique de celui que je foulais .Ainsi j’ai décidé de créer Nelendark . Un monde dans lequel je défendrais toutes les races possibles, même la race des démons…car ce n’étaient pas eux les coupables de la tragédie du Vithil...
J’ai donc décidé à faire le Bien tout en perpétuant le Mal et cela afin de préserver l’équilibre fragile de l’Univers qui nous entoure. J’ai bâti mon royaume à partir du sang des miens, de mon esprit et de mon cœur. Nombreux sont ceux qui ont entravé ma route mais jamais ils ne pourront vous le dire…
Je suis une Ange mais mes mains ont fait couler beaucoup de sang. Je ne suis ni bonne ni mauvaise…
Je suis Natalya Himura l’Ange-déchue reine neutre de Nelendark, la contrée que vous foulez.